L’Egypte, à la lisière d’un grand saut dans l’inconnu. La Tunisie sur le point de l’accomplir, ce saut dans l’inconnu. La Mauritanie à deux doigts un quart du saut dans l’inconnu. Le Maroc sous la menace permanente du saut dans l’inconnu. C’est à se demander pourquoi ces pays méditerranéens ne font pas une razzia en athlétisme, dans les épreuves de saut. Heureusement qu’en Algérie, les choses ont été très claires. Peut-être pas au début. Ni un peu après. Mais un peu beaucoup après, nous avons enfin compris et pris la bonne décision.
Officiellement, et même officieusement, au niveau des dirigeants et d’une grande partie de la population, le consensus s’est fait presque tacitement : nous serons définitivement nuls en sauts dans l’inconnu, et tant pis pour l’athlétisme, une si belle et si noble discipline par ailleurs. Attention, cette décision de refuser les épreuves de saut dans l’inconnu, nous ne l’avons pas prise à la légère. C’est que, nous aussi, avant tout le monde ou presque, nous nous sommes «exercés» à cette épreuve du saut dans l’inconnu. Et nous avons pu en mesurer la difficulté, les périls et les risques encourus. Et comme nous ne sommes pas particulièrement têtus, nous avons préféré nous abstenir et laisser cette épreuve délicate aux autres. Il y a tant de disciplines en athlétisme, pourquoi faire une fixette sur le saut, n’est-ce pas ? Surtout le saut dans l’inconnu. Il y a le demi-fond. Là, nous avons toujours été bons, très bons même. Le demi-fond nous a valu des médailles à un très haut niveau. Au plus haut niveau, celui des Jeux olympiques. Qui n’a pas en mémoire la foulée magnifique de Hassiba Boulmerka, la vélocité d’Azzedine Brahmi survolant les haies du steeple, hein ? Pour ne citer que ces deux-là. Alors qu’en saut, jamais nous n’avons décroché quoi que ce soit ! Je vous défie de me citer un seul sauteur algérien qui aurait gravé son nom sur les tablettes mondiales. Chiche ! D’ailleurs, les entraîneurs et les théoriciens de l’athlétisme vous le diront tous, sans exception : le morpho type de l’Algérien, son gabarit ne le prédisposent pas vraiment au saut. A l’épreuve du saut. Encore moins à celle du saut dans l’inconnu. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
Le Soir d'Algérie, 16/06/2012
